mardi 9 février 2010

L’assassin habite au 21, rue du Manteau de Paille

A l’approche de la fête du printemps, Christian, qui cherche à trouver un logement authentique, et moi, qui cherche à quitter mon logement peu authentique, décidons d’unir nos forces et nos finances pour soutenir le cliché de l’Etranger.

Mission accomplie : depuis jeudi dernier nous louons désormais un charmant Siheyuan près de Nanluoguxiang. J’aimerais vous en faire partager l’atmosphère chinoise, propre et douillette.

Dans le cadre d’une anticipation comme seul le virtuel en permet, je vous convie à un tour (ébouriffant) du locataire (ébouriffé): tickets virtuels, photos non-contractuelles, garanti 100% pas vraiment authentique. Juste une règle : ne touchez pas les bibelots, ce sont des bijoux de famille.

Déjà, ce n’est pas facile à trouver. C’est important pour une jolie maison ; si vous voulez un peu de tranquillité, il ne faut pas que les gens vous trouvent trop facilement. Statistiquement parlant, il faut s'égarer entre trois et sept fois avant de la trouver. L’endroit le plus judicieux pour se perdre à cette fin est le dédale de ruelles sinueuses qui s’étend à l’est de Houhai, entre la Tour du tambour et la Colline du charbon. Guidez-vous au son du tambour et à l’odeur du charbon. Si vous êtes chanceux, un panonceau vous annoncera la rue du Manteau de Paille (Suoyi hutong).
Entrez au numéro 21.

Un couloir donne sur une petite cour carrée, de superficie suffisante pour que 7.34 personnes y prennent le thé de manière confortable, ou pour que 13.2 personnes/7.35 Américains/28.99 Chinois y sirotent un cocktail en discutaillant de choses et d’autres. Les esprits les plus avisés remarqueront que ce Siheyuan n’est bordé de pièces que sur trois côtés, ce qui théoriquement fait de lui un Sanheyuan. Enfin, ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Face à vous un séjour lumineux. Le nombre de chiffres sur la facture de chauffage correspond au nombre de ces petites vitres en lesquelles se morcelle la grande baie vitrée qui couvre trois côtés de la cour.  Je vous laisse faire le calcul et l’envoyer à mon banquier. Vers la droite, ma chambre. Du côté droit, la cuisine. Du troisième côté, la chambre de Christian. Entre les deux, une salle de bain qui a gagné en 2009 le prix de la plus exiguë de Chine et de Navarre.

Alors on nous a fait beaucoup de promesses. Elles ont toutes trois choses en commun :
  • elles embellissent/rendent vivable notre Siheyuan,
  • elles engagent une dépense de la part de notre propriétaire,
  • elles restent à accomplir.
Parmi ces promesses, celle que l’eau courante sera bientôt rétablie.

Vous me direz que le principe d’une promesse n'est pas d'être tenue, mais j’aimerais quand même que nous ayons de l’eau. De l’eau courante. De celle qui gèle dans les tuyaux. Comment cuisiner un risotto sans cela ? Comment diluer son whisky ? Privé de l’essentiel, l’homme reste-t-il homme, ou devient-il une bête ?

Derrière les baies vitrées que frotte énergiquement une ayi, trois ouvriers tirent un tuyau de caoutchouc, fragile ersatz d’oléoduc à or blanc.

L’assassin habite au 21, rue du Manteau de Paille

A l’approche de la fête du printemps, Christian, qui cherche à trouver un logement authentique, et moi, qui cherche à quitter mon logement peu authentique, décidons d’unir nos forces et nos finances pour soutenir le cliché de l’Etranger.

Mission accomplie : depuis jeudi dernier nous louons désormais un charmant Siheyuan près de Nanluoguxiang. J’aimerais vous en faire partager l’atmosphère chinoise, propre et douillette.

Dans le cadre d’une anticipation comme seul le virtuel en permet, je vous convie à un tour (ébouriffant) du locataire (ébouriffé): tickets virtuels, photos non-contractuelles, garanti 100% pas vraiment authentique. Juste une règle : ne touchez pas les bibelots, ce sont des bijoux de famille.

Déjà, ce n’est pas facile à trouver. C’est important pour une jolie maison ; si vous voulez un peu de tranquillité, il ne faut pas que les gens vous trouvent trop facilement. Statistiquement parlant, il faut s'égarer entre trois et sept fois avant de la trouver. L’endroit le plus judicieux pour se perdre à cette fin est le dédale de ruelles sinueuses qui s’étend à l’est de Houhai, entre la Tour du tambour et la Colline du charbon. Guidez-vous au son du tambour et à l’odeur du charbon. Si vous êtes chanceux, un panonceau vous annoncera la rue du Manteau de Paille (Suoyi hutong).
Entrez au numéro 21.

Un couloir donne sur une petite cour carrée, de superficie suffisante pour que 7.34 personnes y prennent le thé de manière confortable, ou pour que 13.2 personnes/7.35 Américains/28.99 Chinois y sirotent un cocktail en discutaillant de choses et d’autres. Les esprits les plus avisés remarqueront que ce Siheyuan n’est bordé de pièces que sur trois côtés, ce qui théoriquement fait de lui un Sanheyuan. Enfin, ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Face à vous un séjour lumineux. Le nombre de chiffres sur la facture de chauffage correspond au nombre de ces petites vitres en lesquelles se morcelle la grande baie vitrée qui couvre trois côtés de la cour.  Je vous laisse faire le calcul et l’envoyer à mon banquier. Vers la droite, ma chambre. Du côté droit, la cuisine. Du troisième côté, la chambre de Christian. Entre les deux, une salle de bain qui a gagné en 2009 le prix de la plus exiguë de Chine et de Navarre.

Alors on nous a fait beaucoup de promesses. Elles ont toutes trois choses en commun :
  • elles embellissent/rendent vivable notre Siheyuan,
  • elles engagent une dépense de la part de notre propriétaire,
  • elles restent à accomplir.
Parmi ces promesses, celle que l’eau courante sera bientôt rétablie.

Vous me direz que le principe d’une promesse n'est pas d'être tenue, mais j’aimerais quand même que nous ayons de l’eau. De l’eau courante. De celle qui gèle dans les tuyaux. Comment cuisiner un risotto sans cela ? Comment diluer son whisky ? Privé de l’essentiel, l’homme reste-t-il homme, ou devient-il une bête ?

Derrière les baies vitrées que frotte énergiquement une ayi, trois ouvriers tirent un tuyau de caoutchouc, fragile ersatz d’oléoduc à or blanc.

L’assassin habite au 21, rue du Manteau de Paille

A l’approche de la fête du printemps, Christian, qui cherche à trouver un logement authentique, et moi, qui cherche à quitter mon logement peu authentique, décidons d’unir nos forces et nos finances pour soutenir le cliché de l’Etranger.

Mission accomplie : depuis jeudi dernier nous louons désormais un charmant Siheyuan près de Nanluoguxiang. J’aimerais vous en faire partager l’atmosphère chinoise, propre et douillette.

Dans le cadre d’une anticipation comme seul le virtuel en permet, je vous convie à un tour (ébouriffant) du locataire (ébouriffé): tickets virtuels, photos non-contractuelles, garanti 100% pas vraiment authentique. Juste une règle : ne touchez pas les bibelots, ce sont des bijoux de famille.

Déjà, ce n’est pas facile à trouver. C’est important pour une jolie maison ; si vous voulez un peu de tranquillité, il ne faut pas que les gens vous trouvent trop facilement. Statistiquement parlant, il faut s'égarer entre trois et sept fois avant de la trouver. L’endroit le plus judicieux pour se perdre à cette fin est le dédale de ruelles sinueuses qui s’étend à l’est de Houhai, entre la Tour du tambour et la Colline du charbon. Guidez-vous au son du tambour et à l’odeur du charbon. Si vous êtes chanceux, un panonceau vous annoncera la rue du Manteau de Paille (Suoyi hutong).
Entrez au numéro 21.

Un couloir donne sur une petite cour carrée, de superficie suffisante pour que 7.34 personnes y prennent le thé de manière confortable, ou pour que 13.2 personnes/7.35 Américains/28.99 Chinois y sirotent un cocktail en discutaillant de choses et d’autres. Les esprits les plus avisés remarqueront que ce Siheyuan n’est bordé de pièces que sur trois côtés, ce qui théoriquement fait de lui un Sanheyuan. Enfin, ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Face à vous un séjour lumineux. Le nombre de chiffres sur la facture de chauffage correspond au nombre de ces petites vitres en lesquelles se morcelle la grande baie vitrée qui couvre trois côtés de la cour.  Je vous laisse faire le calcul et l’envoyer à mon banquier. Vers la droite, ma chambre. Du côté droit, la cuisine. Du troisième côté, la chambre de Christian. Entre les deux, une salle de bain qui a gagné en 2009 le prix de la plus exiguë de Chine et de Navarre.

Alors on nous a fait beaucoup de promesses. Elles ont toutes trois choses en commun :
  • elles embellissent/rendent vivable notre Siheyuan,
  • elles engagent une dépense de la part de notre propriétaire,
  • elles restent à accomplir.
Parmi ces promesses, celle que l’eau courante sera bientôt rétablie.

Vous me direz que le principe d’une promesse n'est pas d'être tenue, mais j’aimerais quand même que nous ayons de l’eau. De l’eau courante. De celle qui gèle dans les tuyaux. Comment cuisiner un risotto sans cela ? Comment diluer son whisky ? Privé de l’essentiel, l’homme reste-t-il homme, ou devient-il une bête ?

Derrière les baies vitrées que frotte énergiquement une ayi, trois ouvriers tirent un tuyau de caoutchouc, fragile ersatz d’oléoduc à or blanc.

dimanche 7 février 2010

Un Siheyuan chinois, propre et douillet

Maintenant que je vis de l’intérieur la condition de l’habitant de Siheyuan, je crois qu’il est de mon devoir de balayer quelques idées reçues. Pour ceux qui n’ont pas lu le Lonely Planet Chine ou qui sont bannis de Google, un Siheyuan est une maison traditionnelle chinoise, où quatre bâtiments rectangulaires encadrent une cour carrée. Ils sont le plus souvent situés dans des Hutong(ruelles) ; on les appelle donc parfois, par abus de langage, des Hutongs.

Première idée reçue sur les Siheyuan : c’est froid en hiver, chaud en été
Evidemment, quatre bâtiments sur les côtés d’une cour glaciale/brûlante, isolés à la Chinoise et couverts de baies vitrées, c’est froid/chaud. Mais, comme l’eût dit Pangloss, si nos portefeuilles sont si bien remplis, c’est pour être vidés par la note de chauffage électrique/air conditionné.

Deuxième idée reçue sur les Siheyuan : c’est sale.
En fait, il s’est passé quelque chose en Chine entre 1912 et 2010. Du temps des Empereurs, c’était sûrement aussi propre que Versailles. Mais après que le gouvernement, dans sa belle cause prolétarienne, a eu convié le peuple à investir les cours bourgeoises des Siheyuan d’habitats collectifs, plutôt que de les rénover à grands frais, il a opté pour de grands blocs soviétiques. Ca laisse toujours le choix entre propreté et authenticité.

Troisième idée reçue sur les Siheyuan : c’est pour les étrangers
L’idéal du Chinois, ce n’est pas vraiment de se les cailler dans un bouge de trois pieds carrés. Il préfère un soixante mètre carrés au cinquième périph. Il n’y a vraiment que les Longs Nez pour vouloir se coltiner un Siheyuan, et l’intelligentsia chinoise quand même.

Le Siheyuan ? Inconfort relatif, mais plaisir absolu. A moins que ce ne soit l’inverse.

Un Siheyuan chinois, propre et douillet

Maintenant que je vis de l’intérieur la condition de l’habitant de Siheyuan, je crois qu’il est de mon devoir de balayer quelques idées reçues. Pour ceux qui n’ont pas lu le Lonely Planet Chine ou qui sont bannis de Google, un Siheyuan est une maison traditionnelle chinoise, où quatre bâtiments rectangulaires encadrent une cour carrée. Ils sont le plus souvent situés dans des Hutong(ruelles) ; on les appelle donc parfois, par abus de langage, des Hutongs.

Première idée reçue sur les Siheyuan : c’est froid en hiver, chaud en été
Evidemment, quatre bâtiments sur les côtés d’une cour glaciale/brûlante, isolés à la Chinoise et couverts de baies vitrées, c’est froid/chaud. Mais, comme l’eût dit Pangloss, si nos portefeuilles sont si bien remplis, c’est pour être vidés par la note de chauffage électrique/air conditionné.

Deuxième idée reçue sur les Siheyuan : c’est sale.
En fait, il s’est passé quelque chose en Chine entre 1912 et 2010. Du temps des Empereurs, c’était sûrement aussi propre que Versailles. Mais après que le gouvernement, dans sa belle cause prolétarienne, a eu convié le peuple à investir les cours bourgeoises des Siheyuan d’habitats collectifs, plutôt que de les rénover à grands frais, il a opté pour de grands blocs soviétiques. Ca laisse toujours le choix entre propreté et authenticité.

Troisième idée reçue sur les Siheyuan : c’est pour les étrangers
L’idéal du Chinois, ce n’est pas vraiment de se les cailler dans un bouge de trois pieds carrés. Il préfère un soixante mètre carrés au cinquième périph. Il n’y a vraiment que les Longs Nez pour vouloir se coltiner un Siheyuan, et l’intelligentsia chinoise quand même.

Le Siheyuan ? Inconfort relatif, mais plaisir absolu. A moins que ce ne soit l’inverse.

Un Siheyuan chinois, propre et douillet

Maintenant que je vis de l’intérieur la condition de l’habitant de Siheyuan, je crois qu’il est de mon devoir de balayer quelques idées reçues. Pour ceux qui n’ont pas lu le Lonely Planet Chine ou qui sont bannis de Google, un Siheyuan est une maison traditionnelle chinoise, où quatre bâtiments rectangulaires encadrent une cour carrée. Ils sont le plus souvent situés dans des Hutong(ruelles) ; on les appelle donc parfois, par abus de langage, des Hutongs.

Première idée reçue sur les Siheyuan : c’est froid en hiver, chaud en été
Evidemment, quatre bâtiments sur les côtés d’une cour glaciale/brûlante, isolés à la Chinoise et couverts de baies vitrées, c’est froid/chaud. Mais, comme l’eût dit Pangloss, si nos portefeuilles sont si bien remplis, c’est pour être vidés par la note de chauffage électrique/air conditionné.

Deuxième idée reçue sur les Siheyuan : c’est sale.
En fait, il s’est passé quelque chose en Chine entre 1912 et 2010. Du temps des Empereurs, c’était sûrement aussi propre que Versailles. Mais après que le gouvernement, dans sa belle cause prolétarienne, a eu convié le peuple à investir les cours bourgeoises des Siheyuan d’habitats collectifs, plutôt que de les rénover à grands frais, il a opté pour de grands blocs soviétiques. Ca laisse toujours le choix entre propreté et authenticité.

Troisième idée reçue sur les Siheyuan : c’est pour les étrangers
L’idéal du Chinois, ce n’est pas vraiment de se les cailler dans un bouge de trois pieds carrés. Il préfère un soixante mètre carrés au cinquième périph. Il n’y a vraiment que les Longs Nez pour vouloir se coltiner un Siheyuan, et l’intelligentsia chinoise quand même.

Le Siheyuan ? Inconfort relatif, mais plaisir absolu. A moins que ce ne soit l’inverse.

vendredi 5 février 2010

Je déménage !

Pour une maison qui casse la baraque.