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mercredi 13 janvier 2010

Coup de (goo)gueule

Acte 1 : Google c’est le mal. Starbucks du café virtuel, Mac Do du fast-thought, Coca d’informations pétillantes, ses tentacules enserrent le globe et nous enserrent. Google recherche, Google fait de la pub, Google téléphone, c’est le Schtroumf des temps modernes. Quand il s’implante en Chine, ce grand avocat de la liberté répercute la politique de censure du gouvernement. Depuis peu, il s’attaque même au bastion sacré du livre de papier qu’il annihile dans un autodafé de zéros et de uns.

Acte 2 : La Chine, c’est aussi le mal. Un quart de l’humanité que l’ambition prend de rattraper notre niveau de vie, c’est forcément douloureux. En plus, il paraît que la liberté d’expression, rayonnée d’Occident, s’arrête comme Tchernobyl aux frontières du pays. La Chine nous fait presque oublier notre ennemi traditionnel, le pudding anglais. C’est dire !

Acte 3 : Alors quand la Chine attaque Google, qui est la victime, qui l’agresseur ? Le pauvre agneau blanc, aux 1 000 000 de candidatures par an ? Ou l’Empire qui s’éveille ? Lutte au pays des géants – et la terre tremble sous le petit peuple – ou dialectique entre deux maux ?

Heureusement, il reste encore deux actes avant le dénouement tragique. Soyons confiants. Cela nous laisse le temps d’apprendre à manier les baguettes et à ne pas trop réfléchir.

Coup de (goo)gueule

Acte 1 : Google c’est le mal. Starbucks du café virtuel, Mac Do du fast-thought, Coca d’informations pétillantes, ses tentacules enserrent le globe et nous enserrent. Google recherche, Google fait de la pub, Google téléphone, c’est le Schtroumf des temps modernes. Quand il s’implante en Chine, ce grand avocat de la liberté répercute la politique de censure du gouvernement. Depuis peu, il s’attaque même au bastion sacré du livre de papier qu’il annihile dans un autodafé de zéros et de uns.

Acte 2 : La Chine, c’est aussi le mal. Un quart de l’humanité que l’ambition prend de rattraper notre niveau de vie, c’est forcément douloureux. En plus, il paraît que la liberté d’expression, rayonnée d’Occident, s’arrête comme Tchernobyl aux frontières du pays. La Chine nous fait presque oublier notre ennemi traditionnel, le pudding anglais. C’est dire !

Acte 3 : Alors quand la Chine attaque Google, qui est la victime, qui l’agresseur ? Le pauvre agneau blanc, aux 1 000 000 de candidatures par an ? Ou l’Empire qui s’éveille ? Lutte au pays des géants – et la terre tremble sous le petit peuple – ou dialectique entre deux maux ?

Heureusement, il reste encore deux actes avant le dénouement tragique. Soyons confiants. Cela nous laisse le temps d’apprendre à manier les baguettes et à ne pas trop réfléchir.

Coup de (goo)gueule

Acte 1 : Google c’est le mal. Starbucks du café virtuel, Mac Do du fast-thought, Coca d’informations pétillantes, ses tentacules enserrent le globe et nous enserrent. Google recherche, Google fait de la pub, Google téléphone, c’est le Schtroumf des temps modernes. Quand il s’implante en Chine, ce grand avocat de la liberté répercute la politique de censure du gouvernement. Depuis peu, il s’attaque même au bastion sacré du livre de papier qu’il annihile dans un autodafé de zéros et de uns.

Acte 2 : La Chine, c’est aussi le mal. Un quart de l’humanité que l’ambition prend de rattraper notre niveau de vie, c’est forcément douloureux. En plus, il paraît que la liberté d’expression, rayonnée d’Occident, s’arrête comme Tchernobyl aux frontières du pays. La Chine nous fait presque oublier notre ennemi traditionnel, le pudding anglais. C’est dire !

Acte 3 : Alors quand la Chine attaque Google, qui est la victime, qui l’agresseur ? Le pauvre agneau blanc, aux 1 000 000 de candidatures par an ? Ou l’Empire qui s’éveille ? Lutte au pays des géants – et la terre tremble sous le petit peuple – ou dialectique entre deux maux ?

Heureusement, il reste encore deux actes avant le dénouement tragique. Soyons confiants. Cela nous laisse le temps d’apprendre à manier les baguettes et à ne pas trop réfléchir.

vendredi 8 janvier 2010

Au temps heureux où le menu n'existait pas

Hier soir, dîner dans l'inconnu. Au creux d'une contre-allée sombre, l'entrée ne paie pas de mine. A l'intérieur, les murs sont cachés par des paravents couverts de peintures et de citations des Classiques, le plafond est celui d'une hutte basse, la vaisselle de porcelaine sobre.

Que n'aimez-vous pas, demande le serveur? Après trois minutes pour comprendre la question et répondre "les plats trop épicés" (on n'est pas ici pour découvrir), le chef vide son frigo et improvise. On nous apporte, après le thé d'usage: trois grosses boulettes au goût voisin de la paupiette, enrobées de riz gluant et fourrées de jaune d'oeuf, un canard entier (où sont donc les fourchettes?) moelleux et bouilli dans une sauce rouge et claire, des filets de poisson à la cacahuète et des épinards à l'oeuf de cent ans (ça reste des épinards qui ont attendu longtemps) et un plat d'un légume mystérieux, à la forme proche du soja et à la saveur intense et vive.

Au fait, quel imbécile a inventé la carte et le menu que je le crucifie?

Au temps heureux où le menu n'existait pas

Hier soir, dîner dans l'inconnu. Au creux d'une contre-allée sombre, l'entrée ne paie pas de mine. A l'intérieur, les murs sont cachés par des paravents couverts de peintures et de citations des Classiques, le plafond est celui d'une hutte basse, la vaisselle de porcelaine sobre.

Que n'aimez-vous pas, demande le serveur? Après trois minutes pour comprendre la question et répondre "les plats trop épicés" (on n'est pas ici pour découvrir), le chef vide son frigo et improvise. On nous apporte, après le thé d'usage: trois grosses boulettes au goût voisin de la paupiette, enrobées de riz gluant et fourrées de jaune d'oeuf, un canard entier (où sont donc les fourchettes?) moelleux et bouilli dans une sauce rouge et claire, des filets de poisson à la cacahuète et des épinards à l'oeuf de cent ans (ça reste des épinards qui ont attendu longtemps) et un plat d'un légume mystérieux, à la forme proche du soja et à la saveur intense et vive.

Au fait, quel imbécile a inventé la carte et le menu que je le crucifie?

Au temps heureux où le menu n'existait pas

Hier soir, dîner dans l'inconnu. Au creux d'une contre-allée sombre, l'entrée ne paie pas de mine. A l'intérieur, les murs sont cachés par des paravents couverts de peintures et de citations des Classiques, le plafond est celui d'une hutte basse, la vaisselle de porcelaine sobre.

Que n'aimez-vous pas, demande le serveur? Après trois minutes pour comprendre la question et répondre "les plats trop épicés" (on n'est pas ici pour découvrir), le chef vide son frigo et improvise. On nous apporte, après le thé d'usage: trois grosses boulettes au goût voisin de la paupiette, enrobées de riz gluant et fourrées de jaune d'oeuf, un canard entier (où sont donc les fourchettes?) moelleux et bouilli dans une sauce rouge et claire, des filets de poisson à la cacahuète et des épinards à l'oeuf de cent ans (ça reste des épinards qui ont attendu longtemps) et un plat d'un légume mystérieux, à la forme proche du soja et à la saveur intense et vive.

Au fait, quel imbécile a inventé la carte et le menu que je le crucifie?

Coca Song et Ming Cola


(Hangzhou, restaurant fameux pour ses raviolis) Monsieur veut son Coca dans un vase Song ou dans un bol Ming?

Coca Song et Ming Cola


(Hangzhou, restaurant fameux pour ses raviolis) Monsieur veut son Coca dans un vase Song ou dans un bol Ming?

Coca Song et Ming Cola


(Hangzhou, restaurant fameux pour ses raviolis) Monsieur veut son Coca dans un vase Song ou dans un bol Ming?

dimanche 27 décembre 2009

Confucius l'Européen, Mo-tseu l'Américain ?

Le Nouveau Monde pèse ses amis en dollars. Dans un pays à la morale forte, unifiée, qui parle d’une seule voix, le succès n’est-il pas une bonne mesure de la rectitude morale ? Les conventions de l’Ancien Monde le retiennent de juger si hâtivement et il préfère témoigner sa sollicitude même aux plus démunis. Il n’y a qu’un pas à rapprocher cela de l’influence de deux branches du christianisme, l’une protestante se référant à la morale du canon biblique, l’autre catholique plus centrée sur une éthique personnelle.

Deux millénaires et demi plus tôt, Confucius et Mo-tseu, le ritualiste et l’utilitariste, se livrent le même combat par héritiers interposés.

Tous deux se montrent très chrétiens en prônant de ne pas infliger à l’autre ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous inflige – aime ton prochain comme toi-même ? Pourtant, aboutissant à ce précepte, les cheminements que suivent les deux penseurs partent de prémisses opposées.

Si elle s’adresse à tous, la pensée confucéenne nait dans les couches aristocratiques, à l’époque des Printemps et Automnes. C’est dans le sentiment de honte, central dans la bienséance aristocratique, que prend naissance le sens de l’humain, notion centrale du confucianisme. Ce sentiment, qui met l’homme face à lui-même, l’enjoint de témoigner de la mansuétude à l’égard de ceux qu’il fréquente. Les mêmes égards, plus ou moins marqués, sont donc dus à son père comme à son prince, à toutes ses relations organisées en cercles concentriques autour de soi : c’est à soi-même, en fin de compte, qu’ils sont dus. Pour Confucius, la sollicitude envers son prochain est donc une exigence éthique, vis-à-vis de soi-même.

Mo-tseu, postérieur d’un siècle à Confucius, est artisan. Ce n’est pas la peur de perdre la face qui motive sa pensée philosophique, mais le souci d’agir dans l’intérêt général. Le point de vue du schisme moïste n’est plus individuel, mais global, dépersonnalisé : si je témoigne de la sollicitude envers mon prochain, ce n’est pas par souci de ne point déchoir, mais dans la visée plus large de l’intérêt général.

Ainsi, chez Confucius nul ne peut se prévaloir des « décrets du Ciel », et l’homme de bien peut se trouver pauvre et démuni, n’ayant nulle prise sur les circonstances. N'est-ce pas l'Europe, et ses droits de l'homme? Chez Mo-tseu rien de tel : le Ciel est juge de l’intérêt général ; c’est lui qui accorde richesse et prospérité à ceux qui le respectent. Par ses actions, chacun mérite son lot. N'est-ce pas l'Amérique, et sa liberté d'entreprendre?

A deux mille cinq cents ans d’écart, les deux courants s’opposent : aime ton prochain dans l’intérêt général ou aime ton prochain par sens de l’humain.

Confucius l'Européen, Mo-tseu l'Américain ?

Le Nouveau Monde pèse ses amis en dollars. Dans un pays à la morale forte, unifiée, qui parle d’une seule voix, le succès n’est-il pas une bonne mesure de la rectitude morale ? Les conventions de l’Ancien Monde le retiennent de juger si hâtivement et il préfère témoigner sa sollicitude même aux plus démunis. Il n’y a qu’un pas à rapprocher cela de l’influence de deux branches du christianisme, l’une protestante se référant à la morale du canon biblique, l’autre catholique plus centrée sur une éthique personnelle.

Deux millénaires et demi plus tôt, Confucius et Mo-tseu, le ritualiste et l’utilitariste, se livrent le même combat par héritiers interposés.

Tous deux se montrent très chrétiens en prônant de ne pas infliger à l’autre ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous inflige – aime ton prochain comme toi-même ? Pourtant, aboutissant à ce précepte, les cheminements que suivent les deux penseurs partent de prémisses opposées.

Si elle s’adresse à tous, la pensée confucéenne nait dans les couches aristocratiques, à l’époque des Printemps et Automnes. C’est dans le sentiment de honte, central dans la bienséance aristocratique, que prend naissance le sens de l’humain, notion centrale du confucianisme. Ce sentiment, qui met l’homme face à lui-même, l’enjoint de témoigner de la mansuétude à l’égard de ceux qu’il fréquente. Les mêmes égards, plus ou moins marqués, sont donc dus à son père comme à son prince, à toutes ses relations organisées en cercles concentriques autour de soi : c’est à soi-même, en fin de compte, qu’ils sont dus. Pour Confucius, la sollicitude envers son prochain est donc une exigence éthique, vis-à-vis de soi-même.

Mo-tseu, postérieur d’un siècle à Confucius, est artisan. Ce n’est pas la peur de perdre la face qui motive sa pensée philosophique, mais le souci d’agir dans l’intérêt général. Le point de vue du schisme moïste n’est plus individuel, mais global, dépersonnalisé : si je témoigne de la sollicitude envers mon prochain, ce n’est pas par souci de ne point déchoir, mais dans la visée plus large de l’intérêt général.

Ainsi, chez Confucius nul ne peut se prévaloir des « décrets du Ciel », et l’homme de bien peut se trouver pauvre et démuni, n’ayant nulle prise sur les circonstances. N'est-ce pas l'Europe, et ses droits de l'homme? Chez Mo-tseu rien de tel : le Ciel est juge de l’intérêt général ; c’est lui qui accorde richesse et prospérité à ceux qui le respectent. Par ses actions, chacun mérite son lot. N'est-ce pas l'Amérique, et sa liberté d'entreprendre?

A deux mille cinq cents ans d’écart, les deux courants s’opposent : aime ton prochain dans l’intérêt général ou aime ton prochain par sens de l’humain.

Confucius l'Européen, Mo-tseu l'Américain ?

Le Nouveau Monde pèse ses amis en dollars. Dans un pays à la morale forte, unifiée, qui parle d’une seule voix, le succès n’est-il pas une bonne mesure de la rectitude morale ? Les conventions de l’Ancien Monde le retiennent de juger si hâtivement et il préfère témoigner sa sollicitude même aux plus démunis. Il n’y a qu’un pas à rapprocher cela de l’influence de deux branches du christianisme, l’une protestante se référant à la morale du canon biblique, l’autre catholique plus centrée sur une éthique personnelle.

Deux millénaires et demi plus tôt, Confucius et Mo-tseu, le ritualiste et l’utilitariste, se livrent le même combat par héritiers interposés.

Tous deux se montrent très chrétiens en prônant de ne pas infliger à l’autre ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous inflige – aime ton prochain comme toi-même ? Pourtant, aboutissant à ce précepte, les cheminements que suivent les deux penseurs partent de prémisses opposées.

Si elle s’adresse à tous, la pensée confucéenne nait dans les couches aristocratiques, à l’époque des Printemps et Automnes. C’est dans le sentiment de honte, central dans la bienséance aristocratique, que prend naissance le sens de l’humain, notion centrale du confucianisme. Ce sentiment, qui met l’homme face à lui-même, l’enjoint de témoigner de la mansuétude à l’égard de ceux qu’il fréquente. Les mêmes égards, plus ou moins marqués, sont donc dus à son père comme à son prince, à toutes ses relations organisées en cercles concentriques autour de soi : c’est à soi-même, en fin de compte, qu’ils sont dus. Pour Confucius, la sollicitude envers son prochain est donc une exigence éthique, vis-à-vis de soi-même.

Mo-tseu, postérieur d’un siècle à Confucius, est artisan. Ce n’est pas la peur de perdre la face qui motive sa pensée philosophique, mais le souci d’agir dans l’intérêt général. Le point de vue du schisme moïste n’est plus individuel, mais global, dépersonnalisé : si je témoigne de la sollicitude envers mon prochain, ce n’est pas par souci de ne point déchoir, mais dans la visée plus large de l’intérêt général.

Ainsi, chez Confucius nul ne peut se prévaloir des « décrets du Ciel », et l’homme de bien peut se trouver pauvre et démuni, n’ayant nulle prise sur les circonstances. N'est-ce pas l'Europe, et ses droits de l'homme? Chez Mo-tseu rien de tel : le Ciel est juge de l’intérêt général ; c’est lui qui accorde richesse et prospérité à ceux qui le respectent. Par ses actions, chacun mérite son lot. N'est-ce pas l'Amérique, et sa liberté d'entreprendre?

A deux mille cinq cents ans d’écart, les deux courants s’opposent : aime ton prochain dans l’intérêt général ou aime ton prochain par sens de l’humain.

lundi 21 décembre 2009

Comment peut-on être français ?

Les habitants de Pékin sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel: vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais dans un Hutong, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'allais place Tian'anmen, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi; les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait et s'extasiait de ce qu'il était romantique d'être français. Si j'étais au marché, je voyais aussitôt cent vendeurs à l'étalage faire miroiter leurs bimbeloterie contre ma figure: enfin jamais homme n'a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui se disaient entre eux: Il faut avouer qu'il a l'air bien français. Chose admirable! Partout où j'allais, on me voulait photographier; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les caméras, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.

Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge: je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare; et quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit français, et à endosser des vêtements chinois, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon vendeur d'habits, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche; mais, si quelqu'un par hasard apprenait à la compagnie que j'étais français, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: "Ah! ah! Monsieur est français? C'est chose bien romantique! Comment peut-on être français?"

Comment peut-on être français ?

Les habitants de Pékin sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel: vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais dans un Hutong, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'allais place Tian'anmen, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi; les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait et s'extasiait de ce qu'il était romantique d'être français. Si j'étais au marché, je voyais aussitôt cent vendeurs à l'étalage faire miroiter leurs bimbeloterie contre ma figure: enfin jamais homme n'a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui se disaient entre eux: Il faut avouer qu'il a l'air bien français. Chose admirable! Partout où j'allais, on me voulait photographier; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les caméras, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.

Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge: je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare; et quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit français, et à endosser des vêtements chinois, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon vendeur d'habits, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche; mais, si quelqu'un par hasard apprenait à la compagnie que j'étais français, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: "Ah! ah! Monsieur est français? C'est chose bien romantique! Comment peut-on être français?"

Comment peut-on être français ?

Les habitants de Pékin sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel: vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais dans un Hutong, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'allais place Tian'anmen, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi; les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait et s'extasiait de ce qu'il était romantique d'être français. Si j'étais au marché, je voyais aussitôt cent vendeurs à l'étalage faire miroiter leurs bimbeloterie contre ma figure: enfin jamais homme n'a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui se disaient entre eux: Il faut avouer qu'il a l'air bien français. Chose admirable! Partout où j'allais, on me voulait photographier; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les caméras, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.

Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge: je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare; et quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit français, et à endosser des vêtements chinois, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon vendeur d'habits, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche; mais, si quelqu'un par hasard apprenait à la compagnie que j'étais français, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: "Ah! ah! Monsieur est français? C'est chose bien romantique! Comment peut-on être français?"

lundi 14 décembre 2009

Les nouveaux martyrs

Le consciencieux Chen Lusheng, 38 ans, sergent de police à Shenzhen, tombe ivre mort lors d'une soirée avec des officiels des villages avoisinants.

Pour augmenter la compensation versée à sa veuve de 36 000€ à 65 000€, son capitaine Xie Feiyong le déclare "martyr mort dans l'exercice de son devoir".

A quand la canonisation systématique pour les étudiants français?

Les nouveaux martyrs

Le consciencieux Chen Lusheng, 38 ans, sergent de police à Shenzhen, tombe ivre mort lors d'une soirée avec des officiels des villages avoisinants.

Pour augmenter la compensation versée à sa veuve de 36 000€ à 65 000€, son capitaine Xie Feiyong le déclare "martyr mort dans l'exercice de son devoir".

A quand la canonisation systématique pour les étudiants français?

Les nouveaux martyrs

Le consciencieux Chen Lusheng, 38 ans, sergent de police à Shenzhen, tombe ivre mort lors d'une soirée avec des officiels des villages avoisinants.

Pour augmenter la compensation versée à sa veuve de 36 000€ à 65 000€, son capitaine Xie Feiyong le déclare "martyr mort dans l'exercice de son devoir".

A quand la canonisation systématique pour les étudiants français?

mercredi 9 décembre 2009

L'homme au vélo



(Hangzhou, Zhongshan Zhonglu) D'un côté de la rue, sur quarante mètres, le mur est divisé en segments où sont recréés différents décors d'une Chine à peine plus ancienne: porte d'entrée, intérieur figé, objets du quotidien. Un homme se fait prendre en photo devant le haut-relief d'un ancien vélo.

L'homme au vélo



(Hangzhou, Zhongshan Zhonglu) D'un côté de la rue, sur quarante mètres, le mur est divisé en segments où sont recréés différents décors d'une Chine à peine plus ancienne: porte d'entrée, intérieur figé, objets du quotidien. Un homme se fait prendre en photo devant le haut-relief d'un ancien vélo.