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jeudi 6 mai 2010

Chantez un poème chinois

En bonus de cet essai de traduction, voici en avant-première la "partition" du poème de Wang Bo auquel nous nous frottions. Que vous parliez ou non  le Chinois, vous pourrez ainsi chanter ces vers d'adieu et, j'espère, en mieux saisir la beauté que derrière le filtre d'une traduction.

Voici donc ce poème au "sous-préfet Dou nommé dans l'Etat de Chou", en vers par vers et sur portée.

Chantez un poème chinois

En bonus de cet essai de traduction, voici en avant-première la "partition" du poème de Wang Bo auquel nous nous frottions. Que vous parliez ou non  le Chinois, vous pourrez ainsi chanter ces vers d'adieu et, j'espère, en mieux saisir la beauté que derrière le filtre d'une traduction.

Voici donc ce poème au "sous-préfet Dou nommé dans l'Etat de Chou", en vers par vers et sur portée.

mardi 4 mai 2010

Comment traduire l'adieu?

La Chine a donné trois grandes choses au monde : la poésie, la porcelaine et les nouilles.

Une porcelaine, on l'apprécie à l'oeil en la faisant briller, au doigt en caressant ses motifs, au son en la laissant tomber. Les nouilles sont l'ami le plus fidèle de l'étudiant fauché. Mais les poèmes? Comment rendre en Français les mots d'un poète Jaune? Si la langue chinoise était claire en soi, cela se saurait, mais comment rendre en Français la beauté des ambiguïtés?

En Chinois plus qu'ailleurs, les traductions sont comme les femmes: celles qui sont belles sont infidèles, celles qui sont fidèles... sont d'une bonne famille. Pourtant, je vous propose de traduire ensemble un poème de Wang Bo, qui fut fonctionnaire au VIIe siècle de notre ère et poète à ses heures.
Source: wikipedia
Voici la bête, en huit fois cinq caractères :

杜少府之任蜀州
dù shăo fǔ zhī rèn shǔ zhōu

城阙辅三秦
chéng què fǔ sān qín
风烟望五津
fēng yān wàng wǔ jīn
与君离别意
yǔ jūn lí bíe yì
同是宦游人
tóng shì huàn yóu rén

海内存知己
hǎi nèi cún zhī jǐ
天涯若比邻
tiān yá ruò bì lín
无为在歧路
wú wéi zài qí lù
儿女共沾襟
ér nǚ gòng zhān jīn

Disons-le de but en blanc: le poète a supprimé tout mot non nécessaire. Seuls restent ceux qui contribuent à l'atmosphère ou au rythme du poème. Chaque caractère porte son sens; pas de grammaire ; ni pluriel ni singulier ; chaque mot peut être verbe, nom ou adjectif selon les cas. Même le mot-à-mot est difficile, car chaque expression est porteuse d'allusions... On va pas se laisser abattre !

杜少府之任蜀州
Dou - sous - préfet - nommé (en deux caractères) - Chou - Etat
Wang Bo écrit un poème en l'honneur de son ami le sous-préfet Dou, qui est affecté dans l'Etat de Chou. L'Etat de Chou désigne l'actuel Sichuan.

城阙辅三秦
ville - tours de garde de chaque côté des portes - protéger, garder, soutenir - trois - Qin
La ville en question est Xi'an, capitale du royaume de Tch'in (l'actuel Shaanxi). Lorsqu'elle fut conquise par Xiàng Yǔ (项羽, celui-ci sépara ses environs en trois provinces, et mis à la tête de chacune un des généraux qui s'étaient rendus - d'où les Trois (Etats de) Tch'in

风烟望五津
vent - brume - voir au loin - cinq - gué
Les cinq gués désignent cinq passages du fleuve, et par extension la province du Sichuan.

与君离别意
de - vous (respectueux) - se séparer (en deux caractères) - sentiment

同是宦游人
pareil - être - fonctionnaire - itinérant - homme

海内存知己
mer - à l'intérieur - posséder - [connaître - soi-même]
A l'intérieur des mers: la terre est bordée par les Quatre mers, l'expression veut donc dire "sur la terre". 知己 [connaître - soi-même]: désigne un ami intime/fidèle/vrai, qui vous connaît tel qu'en vous-même.

天涯若比邻
ciel - extrémités - comme si - comme si - voisin/proche
Les extrémités du Ciel: nous, nous parlons des quatre coins du monde...

无为在歧路
ne pas - agir - à - croisée/lieu de séparation - chemin/route
Wuwei désigne aussi le non-agir; dans la même idée, l'expression signifie: pas besoin de..., se retenir de..., se garder de...

儿女共沾襟
jeune homme - jeune fille - ensemble - mouiller - mouchoir
Jeune homme, jeune fille: avec son habituelle concision, le Chinois aime associer deux termes pour en retenir l'idée commune; l'expression désigne donc les jeunes gens. Les djeûns quoi.

D'où la plus fidèle des traductions:

Au sous-préfet Dou nommé dans l'Etat de Chou

Ville - tours de garde -  protéger - les Trois (Etats de) Tch'in
Vent - brume - voir au loin - les Cinq Gués
De vous - se séparer - sentiment
Pareil - être - fonctionnaire - itinérant

A l'intérieur des mers - posséder - [quelqu'un qui] connaît soi-même
[Alors] Les deux extrémités du Ciel - comme si - voisin
Ne pas agir - à la croisée des chemins
Jeune homme - jeune fille - ensemble - mouiller - mouchoir

Je vous propose ensuite deux traductions plus libres.

Traduction 1:
Au sous-préfet Dou nommé dans l'Etat de Chou

Les tours de la Cité gardent les Trois Royaumes,
Il vente, et les Cinq Gués sont noyés dans la brume.
Nous nous quittons ; que dire ?
Nous voyageons tous deux où l’Etat nous appelle.

Pour celui qui, sur terre, a un ami fidèle,
Le bout du monde est la porte à côté.
Gardons-nous, arrivés à la croisée des chemins,
De nous émouvoir comme de jeunes gens.

Traduction 2:
Pour Dou nommé en pays Chou

Voûtes de crainte
La brume est à des lieues
Tu pars. Que dire?
Nous sommes gens de passage.

Nuit de l'homme
Et tu l'éclaires de loin
Pas d'adieux
- on peut être cons quand on est vieux

Comment traduire l'adieu?

La Chine a donné trois grandes choses au monde : la poésie, la porcelaine et les nouilles.

Une porcelaine, on l'apprécie à l'oeil en la faisant briller, au doigt en caressant ses motifs, au son en la laissant tomber. Les nouilles sont l'ami le plus fidèle de l'étudiant fauché. Mais les poèmes? Comment rendre en Français les mots d'un poète Jaune? Si la langue chinoise était claire en soi, cela se saurait, mais comment rendre en Français la beauté des ambiguïtés?

En Chinois plus qu'ailleurs, les traductions sont comme les femmes: celles qui sont belles sont infidèles, celles qui sont fidèles... sont d'une bonne famille. Pourtant, je vous propose de traduire ensemble un poème de Wang Bo, qui fut fonctionnaire au VIIe siècle de notre ère et poète à ses heures.
Source: wikipedia
Voici la bête, en huit fois cinq caractères :

杜少府之任蜀州
dù shăo fǔ zhī rèn shǔ zhōu

城阙辅三秦
chéng què fǔ sān qín
风烟望五津
fēng yān wàng wǔ jīn
与君离别意
yǔ jūn lí bíe yì
同是宦游人
tóng shì huàn yóu rén

海内存知己
hǎi nèi cún zhī jǐ
天涯若比邻
tiān yá ruò bì lín
无为在歧路
wú wéi zài qí lù
儿女共沾襟
ér nǚ gòng zhān jīn

Disons-le de but en blanc: le poète a supprimé tout mot non nécessaire. Seuls restent ceux qui contribuent à l'atmosphère ou au rythme du poème. Chaque caractère porte son sens; pas de grammaire ; ni pluriel ni singulier ; chaque mot peut être verbe, nom ou adjectif selon les cas. Même le mot-à-mot est difficile, car chaque expression est porteuse d'allusions... On va pas se laisser abattre !

杜少府之任蜀州
Dou - sous - préfet - nommé (en deux caractères) - Chou - Etat
Wang Bo écrit un poème en l'honneur de son ami le sous-préfet Dou, qui est affecté dans l'Etat de Chou. L'Etat de Chou désigne l'actuel Sichuan.

城阙辅三秦
ville - tours de garde de chaque côté des portes - protéger, garder, soutenir - trois - Qin
La ville en question est Xi'an, capitale du royaume de Tch'in (l'actuel Shaanxi). Lorsqu'elle fut conquise par Xiàng Yǔ (项羽, celui-ci sépara ses environs en trois provinces, et mis à la tête de chacune un des généraux qui s'étaient rendus - d'où les Trois (Etats de) Tch'in

风烟望五津
vent - brume - voir au loin - cinq - gué
Les cinq gués désignent cinq passages du fleuve, et par extension la province du Sichuan.

与君离别意
de - vous (respectueux) - se séparer (en deux caractères) - sentiment

同是宦游人
pareil - être - fonctionnaire - itinérant - homme

海内存知己
mer - à l'intérieur - posséder - [connaître - soi-même]
A l'intérieur des mers: la terre est bordée par les Quatre mers, l'expression veut donc dire "sur la terre". 知己 [connaître - soi-même]: désigne un ami intime/fidèle/vrai, qui vous connaît tel qu'en vous-même.

天涯若比邻
ciel - extrémités - comme si - comme si - voisin/proche
Les extrémités du Ciel: nous, nous parlons des quatre coins du monde...

无为在歧路
ne pas - agir - à - croisée/lieu de séparation - chemin/route
Wuwei désigne aussi le non-agir; dans la même idée, l'expression signifie: pas besoin de..., se retenir de..., se garder de...

儿女共沾襟
jeune homme - jeune fille - ensemble - mouiller - mouchoir
Jeune homme, jeune fille: avec son habituelle concision, le Chinois aime associer deux termes pour en retenir l'idée commune; l'expression désigne donc les jeunes gens. Les djeûns quoi.

D'où la plus fidèle des traductions:

Au sous-préfet Dou nommé dans l'Etat de Chou

Ville - tours de garde -  protéger - les Trois (Etats de) Tch'in
Vent - brume - voir au loin - les Cinq Gués
De vous - se séparer - sentiment
Pareil - être - fonctionnaire - itinérant

A l'intérieur des mers - posséder - [quelqu'un qui] connaît soi-même
[Alors] Les deux extrémités du Ciel - comme si - voisin
Ne pas agir - à la croisée des chemins
Jeune homme - jeune fille - ensemble - mouiller - mouchoir

Je vous propose ensuite deux traductions plus libres.

Traduction 1:
Au sous-préfet Dou nommé dans l'Etat de Chou

Les tours de la Cité gardent les Trois Royaumes,
Il vente, et les Cinq Gués sont noyés dans la brume.
Nous nous quittons ; que dire ?
Nous voyageons tous deux où l’Etat nous appelle.

Pour celui qui, sur terre, a un ami fidèle,
Le bout du monde est la porte à côté.
Gardons-nous, arrivés à la croisée des chemins,
De nous émouvoir comme de jeunes gens.

Traduction 2:
Pour Dou nommé en pays Chou

Voûtes de crainte
La brume est à des lieues
Tu pars. Que dire?
Nous sommes gens de passage.

Nuit de l'homme
Et tu l'éclaires de loin
Pas d'adieux
- on peut être cons quand on est vieux

jeudi 29 avril 2010

Poème des rizières sur la colline

Je suis face au néant
Trapéziste à la brune
Légère, au silence de glace,
Perlé comme un cri.

Longji, dans le Guangxi un soir de brume

Poème des rizières sur la colline

Je suis face au néant
Trapéziste à la brune
Légère, au silence de glace,
Perlé comme un cri.

Longji, dans le Guangxi un soir de brume

dimanche 25 avril 2010

Les Dimanches de la Poésie Acide

On est entrés par hasard.

J'ai compris notre erreur au bout de trois secondes environ. C'est le temps que prend mon cerveau pour faire le tour de l'assistance, ramolli par la triple conjonction d'enzymes gastriques en pic d'activité, de mollets en capilotade après les efforts de la veille et de méninges affolées par la menace de pluies acides chargées de cendres volcaniques.

Venant de la terrasse, on les voit immobiles et silencieux, en cercle derrière les baies vitrées comme de gros poissons morts flottant dans un aquarium. Pousser la porte, descendre deux marches grinçantes, tel le duc de Nevers ("nevermore!", s'écrie Poe) pour aller où l'on dansait.

A midi du cercle, un gros poisson chevelu siège et orchestre le sacrifice, déesse grecque encore fraîche du pinceau de l'artiste. Elle a pris les boucles rousses des femmes de Toulouse-Lautrec, sur sa joue gauche la mouche espiègle d'une belle de Renoir, sa taille bien grasse est saisie par Véronèse, et Courbet doit être à l'Origine de la convulsion de ses  bras dodus.

Dans l'appenti pentu, les apprentis s'apprêtent. On entre, tout cesse, les regards se tournent et convergent, la déesse se fend d'un "welcooooooome !" et nous voilà dans ses filets. Dio mio.

Elle est ravie qu'on soit là, elle est ravie que tout le monde soit là, elle est ravie que nous soyons sur le point d'écrire de la Poésie, des vers immortels qui survivront à la flétrissure du marbre. 

D'ailleurs tout le monde a l'air ravi. Jetés au milieu d'un atelier de poésie, on a rejoint les alcooliques anonymes.
"Je crois que Robert voulait nous dire quelque chose aujourd'hui... Robert?
- Je voulais vous dire... A cause de l'alcool, j'ai perdu mes amis, j'ai eu de mauvaises fréquentations, ma femme m'a quitté, je croulais sous les dettes, j'ai même laissé mourir Bob, mon poisson rouge. Ma vie était un enfer, et je ne voyais pas le bout du tunnel. Et un jour, j'ai rencontré les GAGs [Gentils Alcoliques Grabataires, NdT] et ma vie a changé. Soudain, j'ai retrouvé le sourire. Je n'étais plus seul face à mes hantises, on était tous dans le même bateau. Alors j'ai jeté cette p... de bouteille, et ce p... d'alcool et tout et tout, et j'ai fais le ménage dans ma p... de vie, et j'ai balayé mes p... de mauvaises habitudes, et tout, et tout! Et maintenant, je suis un autre homme. Je me rend compte de tout le temps que je perdais, et de tout le fric que ça m'engloutissait. Maintenant, j'ai acheté un cochon-d'inde, qui s'appelle Bobby, et je fais des maquettes avec des cure-dents usagés, et je vais bientôt exposer mes maquettes à la foire régionale de Trouillis-en-Glottois. J'ai enfin trouvé un sens à ma vie. Et tout ça, c'est grâce aux GAGs ! Merci, merci, merci !" Et Robert fond en larmes.
"On applaudit tous Robert! (Tous en coeur) Bravo, Robert !"
Aujourd'hui, Robert fait de la poésie. L'odalisque dans son fauteuil coincée tenait en ses mains une feuille. "Savez-vous ce qu'est une métaphore?" La feuille de bananier, sans que soit jamais mentionné son usage canonique de camouflage en sculpture dans le style Antique, sera successivement comparée: à une langue pour la forme, à un miasme pour on ne sait quoi, à un blouson de cuir avec un Ange sur le dos pour le toucher, à une chair d'enfant pour l'odeur. A moins que ce ne soit l'inverse.

Des sommets en appelant d'autres, un souvenir confus fusa dans ma mémoire, deux vers presque inconnus, refrain inachevé, frais comme le hasard, moins écrit que rêvé:
"Le vent claque,
Les feuilles craquent,
Je les croque,
Cric ! Crac ! Croc !"
On touche à l'Himalaya. Merci Tom-Tom et Nana.

Tel une feuille morte, je craque lorque la Grâce nous fait lire du Byron. Je sors et je vais acheter des livres. A vélo, les pluies acides me fouettent le visage.

Morale de l'histoire: abandonnez les basiques, ouvrez-vous à l'acide, laissez tomber vos parapluies, laissez pleuvoir les commentaires, aujourd'hui pas de censure, aujourd'hui c'est dimanche, et comme chaque week-end, vous êtes les bienvenus aux Dimanches de la Poésie Acide !

Les Dimanches de la Poésie Acide

On est entrés par hasard.

J'ai compris notre erreur au bout de trois secondes environ. C'est le temps que prend mon cerveau pour faire le tour de l'assistance, ramolli par la triple conjonction d'enzymes gastriques en pic d'activité, de mollets en capilotade après les efforts de la veille et de méninges affolées par la menace de pluies acides chargées de cendres volcaniques.

Venant de la terrasse, on les voit immobiles et silencieux, en cercle derrière les baies vitrées comme de gros poissons morts flottant dans un aquarium. Pousser la porte, descendre deux marches grinçantes, tel le duc de Nevers ("nevermore!", s'écrie Poe) pour aller où l'on dansait.

A midi du cercle, un gros poisson chevelu siège et orchestre le sacrifice, déesse grecque encore fraîche du pinceau de l'artiste. Elle a pris les boucles rousses des femmes de Toulouse-Lautrec, sur sa joue gauche la mouche espiègle d'une belle de Renoir, sa taille bien grasse est saisie par Véronèse, et Courbet doit être à l'Origine de la convulsion de ses  bras dodus.

Dans l'appenti pentu, les apprentis s'apprêtent. On entre, tout cesse, les regards se tournent et convergent, la déesse se fend d'un "welcooooooome !" et nous voilà dans ses filets. Dio mio.

Elle est ravie qu'on soit là, elle est ravie que tout le monde soit là, elle est ravie que nous soyons sur le point d'écrire de la Poésie, des vers immortels qui survivront à la flétrissure du marbre. 

D'ailleurs tout le monde a l'air ravi. Jetés au milieu d'un atelier de poésie, on a rejoint les alcooliques anonymes.
"Je crois que Robert voulait nous dire quelque chose aujourd'hui... Robert?
- Je voulais vous dire... A cause de l'alcool, j'ai perdu mes amis, j'ai eu de mauvaises fréquentations, ma femme m'a quitté, je croulais sous les dettes, j'ai même laissé mourir Bob, mon poisson rouge. Ma vie était un enfer, et je ne voyais pas le bout du tunnel. Et un jour, j'ai rencontré les GAGs [Gentils Alcoliques Grabataires, NdT] et ma vie a changé. Soudain, j'ai retrouvé le sourire. Je n'étais plus seul face à mes hantises, on était tous dans le même bateau. Alors j'ai jeté cette p... de bouteille, et ce p... d'alcool et tout et tout, et j'ai fais le ménage dans ma p... de vie, et j'ai balayé mes p... de mauvaises habitudes, et tout, et tout! Et maintenant, je suis un autre homme. Je me rend compte de tout le temps que je perdais, et de tout le fric que ça m'engloutissait. Maintenant, j'ai acheté un cochon-d'inde, qui s'appelle Bobby, et je fais des maquettes avec des cure-dents usagés, et je vais bientôt exposer mes maquettes à la foire régionale de Trouillis-en-Glottois. J'ai enfin trouvé un sens à ma vie. Et tout ça, c'est grâce aux GAGs ! Merci, merci, merci !" Et Robert fond en larmes.
"On applaudit tous Robert! (Tous en coeur) Bravo, Robert !"
Aujourd'hui, Robert fait de la poésie. L'odalisque dans son fauteuil coincée tenait en ses mains une feuille. "Savez-vous ce qu'est une métaphore?" La feuille de bananier, sans que soit jamais mentionné son usage canonique de camouflage en sculpture dans le style Antique, sera successivement comparée: à une langue pour la forme, à un miasme pour on ne sait quoi, à un blouson de cuir avec un Ange sur le dos pour le toucher, à une chair d'enfant pour l'odeur. A moins que ce ne soit l'inverse.

Des sommets en appelant d'autres, un souvenir confus fusa dans ma mémoire, deux vers presque inconnus, refrain inachevé, frais comme le hasard, moins écrit que rêvé:
"Le vent claque,
Les feuilles craquent,
Je les croque,
Cric ! Crac ! Croc !"
On touche à l'Himalaya. Merci Tom-Tom et Nana.

Tel une feuille morte, je craque lorque la Grâce nous fait lire du Byron. Je sors et je vais acheter des livres. A vélo, les pluies acides me fouettent le visage.

Morale de l'histoire: abandonnez les basiques, ouvrez-vous à l'acide, laissez tomber vos parapluies, laissez pleuvoir les commentaires, aujourd'hui pas de censure, aujourd'hui c'est dimanche, et comme chaque week-end, vous êtes les bienvenus aux Dimanches de la Poésie Acide !

mardi 16 mars 2010

Les Chinois aiment les aéroports

Les Chinois sont de vrais poètes lorsqu'ils parlent des femmes. Je déjeune chez Annie's avec trois amies, deux sont françaises et une chinoise. Conversation de haut vol.

On parle donc de Carla Bruni et des femmes chinoises. Il se trouve qu'une "planche à pain" se traduit par "飞机场" (fei-tsi-tch'ang, aéroport), l'avion suppléant naturellement à l'absence culturelle de la baguette. Certains pourraient penser que c'est parce qu'elles incitent à 打飞机. D'où question (méta)physique :

La Française (soudain pleine d'inquiétude) : mais les Chinois, ça les gêne pas que les Chinoises soient toutes plates comme ça?
La Chinoise (très sérieusement) : ben tu sais, ils sont habitués.

Ces Chinois sont vraiment de gros saints.

Les Chinois aiment les aéroports

Les Chinois sont de vrais poètes lorsqu'ils parlent des femmes. Je déjeune chez Annie's avec trois amies, deux sont françaises et une chinoise. Conversation de haut vol.

On parle donc de Carla Bruni et des femmes chinoises. Il se trouve qu'une "planche à pain" se traduit par "飞机场" (fei-tsi-tch'ang, aéroport), l'avion suppléant naturellement à l'absence culturelle de la baguette. Certains pourraient penser que c'est parce qu'elles incitent à 打飞机. D'où question (méta)physique :

La Française (soudain pleine d'inquiétude) : mais les Chinois, ça les gêne pas que les Chinoises soient toutes plates comme ça?
La Chinoise (très sérieusement) : ben tu sais, ils sont habitués.

Ces Chinois sont vraiment de gros saints.

mardi 19 janvier 2010

Consommez beau


Si la déprime vous gagne, courez dépenser vos picaillons au Raffles de Dongzhimen. Vous y serez accueillis par un chat mutant d'un beau vert poubelle, deuxième prix de beauté du parti communiste derrière Hu Jintao en 2009. Ses copains le castor rose et le gentil microbe bleu vous accompagneront tout au long de vos emplettes, pour faire de cette journée de shopping un moment inoubliable.

Consommez beau


Si la déprime vous gagne, courez dépenser vos picaillons au Raffles de Dongzhimen. Vous y serez accueillis par un chat mutant d'un beau vert poubelle, deuxième prix de beauté du parti communiste derrière Hu Jintao en 2009. Ses copains le castor rose et le gentil microbe bleu vous accompagneront tout au long de vos emplettes, pour faire de cette journée de shopping un moment inoubliable.

mercredi 13 janvier 2010

Coup de (goo)gueule

Acte 1 : Google c’est le mal. Starbucks du café virtuel, Mac Do du fast-thought, Coca d’informations pétillantes, ses tentacules enserrent le globe et nous enserrent. Google recherche, Google fait de la pub, Google téléphone, c’est le Schtroumf des temps modernes. Quand il s’implante en Chine, ce grand avocat de la liberté répercute la politique de censure du gouvernement. Depuis peu, il s’attaque même au bastion sacré du livre de papier qu’il annihile dans un autodafé de zéros et de uns.

Acte 2 : La Chine, c’est aussi le mal. Un quart de l’humanité que l’ambition prend de rattraper notre niveau de vie, c’est forcément douloureux. En plus, il paraît que la liberté d’expression, rayonnée d’Occident, s’arrête comme Tchernobyl aux frontières du pays. La Chine nous fait presque oublier notre ennemi traditionnel, le pudding anglais. C’est dire !

Acte 3 : Alors quand la Chine attaque Google, qui est la victime, qui l’agresseur ? Le pauvre agneau blanc, aux 1 000 000 de candidatures par an ? Ou l’Empire qui s’éveille ? Lutte au pays des géants – et la terre tremble sous le petit peuple – ou dialectique entre deux maux ?

Heureusement, il reste encore deux actes avant le dénouement tragique. Soyons confiants. Cela nous laisse le temps d’apprendre à manier les baguettes et à ne pas trop réfléchir.

Coup de (goo)gueule

Acte 1 : Google c’est le mal. Starbucks du café virtuel, Mac Do du fast-thought, Coca d’informations pétillantes, ses tentacules enserrent le globe et nous enserrent. Google recherche, Google fait de la pub, Google téléphone, c’est le Schtroumf des temps modernes. Quand il s’implante en Chine, ce grand avocat de la liberté répercute la politique de censure du gouvernement. Depuis peu, il s’attaque même au bastion sacré du livre de papier qu’il annihile dans un autodafé de zéros et de uns.

Acte 2 : La Chine, c’est aussi le mal. Un quart de l’humanité que l’ambition prend de rattraper notre niveau de vie, c’est forcément douloureux. En plus, il paraît que la liberté d’expression, rayonnée d’Occident, s’arrête comme Tchernobyl aux frontières du pays. La Chine nous fait presque oublier notre ennemi traditionnel, le pudding anglais. C’est dire !

Acte 3 : Alors quand la Chine attaque Google, qui est la victime, qui l’agresseur ? Le pauvre agneau blanc, aux 1 000 000 de candidatures par an ? Ou l’Empire qui s’éveille ? Lutte au pays des géants – et la terre tremble sous le petit peuple – ou dialectique entre deux maux ?

Heureusement, il reste encore deux actes avant le dénouement tragique. Soyons confiants. Cela nous laisse le temps d’apprendre à manier les baguettes et à ne pas trop réfléchir.

lundi 11 janvier 2010

La Chine polie

(Global times, 12/01/2010) A l'académie Jin Tai, Li Zhen vous enseigne l'art difficile de la politesse chinoise. Ou comment utiliser vos baguettes, offrir des cigarettes à vos voisins de table et accepter tous les toasts qui viennent, aussi beurré que vous soyez.

Il y a aussi un cours avancé, que l'article omet de mentionner. La maître initie les adeptes les mieux introduits aux techniques ancestrales du crachat guttural, à l'à-propos délicat d'une ponctualité tout en demi-teintes et même aux stratégies les plus modernes du resquillage l'air de rien.

Un diplôme de survie est délivré.

La Chine polie

(Global times, 12/01/2010) A l'académie Jin Tai, Li Zhen vous enseigne l'art difficile de la politesse chinoise. Ou comment utiliser vos baguettes, offrir des cigarettes à vos voisins de table et accepter tous les toasts qui viennent, aussi beurré que vous soyez.

Il y a aussi un cours avancé, que l'article omet de mentionner. La maître initie les adeptes les mieux introduits aux techniques ancestrales du crachat guttural, à l'à-propos délicat d'une ponctualité tout en demi-teintes et même aux stratégies les plus modernes du resquillage l'air de rien.

Un diplôme de survie est délivré.

mercredi 6 janvier 2010

Art par hasard

Sanlitun, quartier d'expatriés animés et animé d'expatriés. Un soir en rentrant, je passe une grande cour vide et monte dans un immeuble en verre, où des groupes d'ombres baguenaudent entre des oeuvres d'art contemporain. Visite non/peu/mal guidée.


Ici, des mauvais esprits pourraient penser que ce sont plus des tabourets que des oeuvres d'art, mais qui sait?


Apparemment, le manager n'est pas là. On comprend mieux l'état des lieux, mais on ne cherche pas à imaginer ce qu'il mange.


Bal de robes fantômes, de pendus, d'exuvies. Un souffle d'air - il manque une valse de Strauss sur un violon fêlé et le cliquetis de squelettes d'un clavecin désaccordé.


Leurs cavaliers de papier paraissent plus avenants. A l'automne, tombent-ils?


Ah non ! Ca c'est les travaux en sortant.

Art par hasard

Sanlitun, quartier d'expatriés animés et animé d'expatriés. Un soir en rentrant, je passe une grande cour vide et monte dans un immeuble en verre, où des groupes d'ombres baguenaudent entre des oeuvres d'art contemporain. Visite non/peu/mal guidée.


Ici, des mauvais esprits pourraient penser que ce sont plus des tabourets que des oeuvres d'art, mais qui sait?


Apparemment, le manager n'est pas là. On comprend mieux l'état des lieux, mais on ne cherche pas à imaginer ce qu'il mange.


Bal de robes fantômes, de pendus, d'exuvies. Un souffle d'air - il manque une valse de Strauss sur un violon fêlé et le cliquetis de squelettes d'un clavecin désaccordé.


Leurs cavaliers de papier paraissent plus avenants. A l'automne, tombent-ils?


Ah non ! Ca c'est les travaux en sortant.

dimanche 27 décembre 2009

Confucius l'Européen, Mo-tseu l'Américain ?

Le Nouveau Monde pèse ses amis en dollars. Dans un pays à la morale forte, unifiée, qui parle d’une seule voix, le succès n’est-il pas une bonne mesure de la rectitude morale ? Les conventions de l’Ancien Monde le retiennent de juger si hâtivement et il préfère témoigner sa sollicitude même aux plus démunis. Il n’y a qu’un pas à rapprocher cela de l’influence de deux branches du christianisme, l’une protestante se référant à la morale du canon biblique, l’autre catholique plus centrée sur une éthique personnelle.

Deux millénaires et demi plus tôt, Confucius et Mo-tseu, le ritualiste et l’utilitariste, se livrent le même combat par héritiers interposés.

Tous deux se montrent très chrétiens en prônant de ne pas infliger à l’autre ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous inflige – aime ton prochain comme toi-même ? Pourtant, aboutissant à ce précepte, les cheminements que suivent les deux penseurs partent de prémisses opposées.

Si elle s’adresse à tous, la pensée confucéenne nait dans les couches aristocratiques, à l’époque des Printemps et Automnes. C’est dans le sentiment de honte, central dans la bienséance aristocratique, que prend naissance le sens de l’humain, notion centrale du confucianisme. Ce sentiment, qui met l’homme face à lui-même, l’enjoint de témoigner de la mansuétude à l’égard de ceux qu’il fréquente. Les mêmes égards, plus ou moins marqués, sont donc dus à son père comme à son prince, à toutes ses relations organisées en cercles concentriques autour de soi : c’est à soi-même, en fin de compte, qu’ils sont dus. Pour Confucius, la sollicitude envers son prochain est donc une exigence éthique, vis-à-vis de soi-même.

Mo-tseu, postérieur d’un siècle à Confucius, est artisan. Ce n’est pas la peur de perdre la face qui motive sa pensée philosophique, mais le souci d’agir dans l’intérêt général. Le point de vue du schisme moïste n’est plus individuel, mais global, dépersonnalisé : si je témoigne de la sollicitude envers mon prochain, ce n’est pas par souci de ne point déchoir, mais dans la visée plus large de l’intérêt général.

Ainsi, chez Confucius nul ne peut se prévaloir des « décrets du Ciel », et l’homme de bien peut se trouver pauvre et démuni, n’ayant nulle prise sur les circonstances. N'est-ce pas l'Europe, et ses droits de l'homme? Chez Mo-tseu rien de tel : le Ciel est juge de l’intérêt général ; c’est lui qui accorde richesse et prospérité à ceux qui le respectent. Par ses actions, chacun mérite son lot. N'est-ce pas l'Amérique, et sa liberté d'entreprendre?

A deux mille cinq cents ans d’écart, les deux courants s’opposent : aime ton prochain dans l’intérêt général ou aime ton prochain par sens de l’humain.

Confucius l'Européen, Mo-tseu l'Américain ?

Le Nouveau Monde pèse ses amis en dollars. Dans un pays à la morale forte, unifiée, qui parle d’une seule voix, le succès n’est-il pas une bonne mesure de la rectitude morale ? Les conventions de l’Ancien Monde le retiennent de juger si hâtivement et il préfère témoigner sa sollicitude même aux plus démunis. Il n’y a qu’un pas à rapprocher cela de l’influence de deux branches du christianisme, l’une protestante se référant à la morale du canon biblique, l’autre catholique plus centrée sur une éthique personnelle.

Deux millénaires et demi plus tôt, Confucius et Mo-tseu, le ritualiste et l’utilitariste, se livrent le même combat par héritiers interposés.

Tous deux se montrent très chrétiens en prônant de ne pas infliger à l’autre ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous inflige – aime ton prochain comme toi-même ? Pourtant, aboutissant à ce précepte, les cheminements que suivent les deux penseurs partent de prémisses opposées.

Si elle s’adresse à tous, la pensée confucéenne nait dans les couches aristocratiques, à l’époque des Printemps et Automnes. C’est dans le sentiment de honte, central dans la bienséance aristocratique, que prend naissance le sens de l’humain, notion centrale du confucianisme. Ce sentiment, qui met l’homme face à lui-même, l’enjoint de témoigner de la mansuétude à l’égard de ceux qu’il fréquente. Les mêmes égards, plus ou moins marqués, sont donc dus à son père comme à son prince, à toutes ses relations organisées en cercles concentriques autour de soi : c’est à soi-même, en fin de compte, qu’ils sont dus. Pour Confucius, la sollicitude envers son prochain est donc une exigence éthique, vis-à-vis de soi-même.

Mo-tseu, postérieur d’un siècle à Confucius, est artisan. Ce n’est pas la peur de perdre la face qui motive sa pensée philosophique, mais le souci d’agir dans l’intérêt général. Le point de vue du schisme moïste n’est plus individuel, mais global, dépersonnalisé : si je témoigne de la sollicitude envers mon prochain, ce n’est pas par souci de ne point déchoir, mais dans la visée plus large de l’intérêt général.

Ainsi, chez Confucius nul ne peut se prévaloir des « décrets du Ciel », et l’homme de bien peut se trouver pauvre et démuni, n’ayant nulle prise sur les circonstances. N'est-ce pas l'Europe, et ses droits de l'homme? Chez Mo-tseu rien de tel : le Ciel est juge de l’intérêt général ; c’est lui qui accorde richesse et prospérité à ceux qui le respectent. Par ses actions, chacun mérite son lot. N'est-ce pas l'Amérique, et sa liberté d'entreprendre?

A deux mille cinq cents ans d’écart, les deux courants s’opposent : aime ton prochain dans l’intérêt général ou aime ton prochain par sens de l’humain.