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dimanche 18 avril 2010

Deux pékins dans le Yunnan (4/4): Sur les contreforts de l’Himalaya

Jeudi 8 avril
Beau trajet vers Lijiang ; les champs sont noirs de monde. Dessin de leur bordure, géométrie de grande échelle. Zones de patchwork, où les aires des champs sont rayées de l’alternance 50-50 des bandes cultivées et des voies d’irrigation pleines de soleil.

Lijiang aussi touristique qu’on s’y attendait. D’un coup nous expédions nos emplettes : écharpes de soie, calligraphie, cartes postales…
Lijiang : le passé est le futur de la Chine.
"Les peuples heureux n’ont pas d’histoire" : quid de la Chine ?

Belle route de nouveau pour Shangri-la (anciennement "Zhongdian", rebaptisé philanthropiquement...) : ascension sinueuse vers des sommets enneigés.
Là, mal de tête léger. Pléthore de british blonds, sac-à-dos à dos.

Vendredi 9 avril
Shangri-la existe, je l’ai rencontré ; mais pas ici. Sur la route de Lijiang à Zhongdian – une vallée et sa rivière, des rizières vertes et ensoleillées, pas d’agitation. Qu’est le Shangri-la rêvé des Chinois ? Sans doute bien différent du nôtre : industrieux ? animé ? organisé/réglé ? une autre notion de l'harmonie ?

Visite au monastère de Songzanlin, prix éhonté. Versailles commence aussi par une billetterie.
Chemin de ronde autour du lac devant le monastère: "respectez les religions, attention sol glissant."
Monter, toujours monter… Les Chinois savent-ils descendre… ? Beauté de la descente, comme Stendhal qui dit-on trouvait du génie dans la manière d'une femme de descendre de voiture.

Office bouddhiste. Aux murs, des fresques chagalliennes. Travées de larges bancs coussinés où s’accroupir. Moines sur ces travées, face-à-face en rangs.
Un borborygme qui se répète, à peine psalmodié. Clochettes. Voix rauques, égrotantes des moines, des moinillons, interrompues de leurs raclements de gorge. Peu de conviction, peu de ferveur. Les diseurs se balancent en rauquisant.
A un coup de tambour, tous les plus jeunes sortent. Puis rentrent à nouveau. D’autres déjeunent dans une salle latérale.
Deux touristes Han : elle lui passe son Nikon, et hop trois prosternations. Pratique efficace du culte.
Sur la rotation: les Hans font tourner ce monastère, font tourner la Chine. Au centre de Shangri-la, au sommet d'une petite colline, contigu au temple sommital de rigueur, un moulin à prière géant. Deux petites filles (tibétaines?), dont les mères montent laborieusement l'escalier en répétant leurs prières à chaque marche, essaient de le mettre en mouvement. Je me fais leur bras. Dans son inertie, l'immense moulin aux dorures et svastikas tourne un long temps.
Cartes postales rédigées, c'est le tour des emplettes (boite à bijoux en corne de yak, vase craquelé à dragon bleu sur fond blanc...). Pesant mal de tête. L’avion décolle à 21h40. En attendant, deux chocolats chauds (vanille pour Papa, caramel pour moi) au Noah café.

A Kunming, l’hôtel donne sur le périph. Vacarme ; je dors dans la salle de bain. Fin de mes 23 ans.

Deux pékins dans le Yunnan (4/4): Sur les contreforts de l’Himalaya

Jeudi 8 avril
Beau trajet vers Lijiang ; les champs sont noirs de monde. Dessin de leur bordure, géométrie de grande échelle. Zones de patchwork, où les aires des champs sont rayées de l’alternance 50-50 des bandes cultivées et des voies d’irrigation pleines de soleil.

Lijiang aussi touristique qu’on s’y attendait. D’un coup nous expédions nos emplettes : écharpes de soie, calligraphie, cartes postales…
Lijiang : le passé est le futur de la Chine.
"Les peuples heureux n’ont pas d’histoire" : quid de la Chine ?

Belle route de nouveau pour Shangri-la (anciennement "Zhongdian", rebaptisé philanthropiquement...) : ascension sinueuse vers des sommets enneigés.
Là, mal de tête léger. Pléthore de british blonds, sac-à-dos à dos.

Vendredi 9 avril
Shangri-la existe, je l’ai rencontré ; mais pas ici. Sur la route de Lijiang à Zhongdian – une vallée et sa rivière, des rizières vertes et ensoleillées, pas d’agitation. Qu’est le Shangri-la rêvé des Chinois ? Sans doute bien différent du nôtre : industrieux ? animé ? organisé/réglé ? une autre notion de l'harmonie ?

Visite au monastère de Songzanlin, prix éhonté. Versailles commence aussi par une billetterie.
Chemin de ronde autour du lac devant le monastère: "respectez les religions, attention sol glissant."
Monter, toujours monter… Les Chinois savent-ils descendre… ? Beauté de la descente, comme Stendhal qui dit-on trouvait du génie dans la manière d'une femme de descendre de voiture.

Office bouddhiste. Aux murs, des fresques chagalliennes. Travées de larges bancs coussinés où s’accroupir. Moines sur ces travées, face-à-face en rangs.
Un borborygme qui se répète, à peine psalmodié. Clochettes. Voix rauques, égrotantes des moines, des moinillons, interrompues de leurs raclements de gorge. Peu de conviction, peu de ferveur. Les diseurs se balancent en rauquisant.
A un coup de tambour, tous les plus jeunes sortent. Puis rentrent à nouveau. D’autres déjeunent dans une salle latérale.
Deux touristes Han : elle lui passe son Nikon, et hop trois prosternations. Pratique efficace du culte.
Sur la rotation: les Hans font tourner ce monastère, font tourner la Chine. Au centre de Shangri-la, au sommet d'une petite colline, contigu au temple sommital de rigueur, un moulin à prière géant. Deux petites filles (tibétaines?), dont les mères montent laborieusement l'escalier en répétant leurs prières à chaque marche, essaient de le mettre en mouvement. Je me fais leur bras. Dans son inertie, l'immense moulin aux dorures et svastikas tourne un long temps.
Cartes postales rédigées, c'est le tour des emplettes (boite à bijoux en corne de yak, vase craquelé à dragon bleu sur fond blanc...). Pesant mal de tête. L’avion décolle à 21h40. En attendant, deux chocolats chauds (vanille pour Papa, caramel pour moi) au Noah café.

A Kunming, l’hôtel donne sur le périph. Vacarme ; je dors dans la salle de bain. Fin de mes 23 ans.

jeudi 15 avril 2010

Deux pékins au Yunnan (3/4): le paradis retrouvé

Lundi 5 avril
Yunnan capitale des papilles ! Petit-déjeuner de 包子 (Baozi, petits pains fourrés), puis 4 heures de car pour Yunlong. Paysages de montagnes, de rizières comme dans le Guizhou, mais sur une terre rouge. Au fond, une rivière boueuse : le Mékong ? Nouveau déjeuner délicieux (brocolis et haricots frits, bœuf coupiché). Le car malmène mon estomac.

Minibus aux prix irrationnels. Quelle rationalité quand l’étranger déverse ses pépettes ? Equivalent d’un loto permanent, ou en creux d’une rafale de crises financières.

Vue de Taijitu : la rivière dessine en deux méandres un yin et un yang. Au milieu : collines, village, rizières. C’est troublant.

Nous montons alors à Nuodeng, vieux village de l’ethnie Bai. L’atmosphère paisible, l’air calme et chaud, le son des clarines et le chant des oiseaux, la sienne de la terre et la pierre des bâtisses, l’escarpement des lieux, la paix des toits courbes, les tortueux escaliers de pierre, une vieille maison à cour tournée en chambres d’hôtes, les cris d’une école primaire, le sourire des enfants, le regard des vieillards et le soir qui descend nous convainquent d’y rester quelque temps.

En haut de la colline, non restauré, un temple de Confucius, au calme souverain.
Première leçon de Tai Chi Chuan : un tiers de la première partie. Tel un pantin, accroché aux « fils du Ciel »…
Il n’y a pas de temple plus beau en Chine, seulement des temples plus restaurés.
« Le Bouddhisme est l’Un [l’introspection], le Christianisme est le Deux [la relation à l’Autre]». Et le Taoïsme, le Zéro ?

Poules de basse-cour, poules de haute cour, caquètent.
Après nous être restaurés (辣猪et wosuan du village), lecture tranquille. Tee-shirt blanc séchant accroché flottant au fil à linge qui longe le premier étage d’un côté de cour.
La télé : seul objet dans le village dont le soir ne gêne pas l’utilisation. Le petit est devant la télé.
La poubelle du repas : la chienne de la maison, 13 ans, petite et tachetée. Son fils : un grand gros chien de 5 mois.
Les lanternes flottent dans le vent, au centre une bougie électrique.

Mardi 6 avril
Addition du dîner de la veille : 50 kuai. Le jardin donne des œufs d’or.

Balade dans les collines en face. Muletiers. Terre rouge sous le vert franc des pins, mise au jour dans les champs : sur les collines cultivées, de grandes plaques de terre ocre sont cernées de vert. C’est si beau qu’on se croirait dans le Sud de la France (dit-il l'air sérieux).

Les alentours aux jumelles : dans le rond de l’objectif, une forêt parfaite – pins réguliers sans trop l’être, d’un beau vert franc, aqueux, aux petites touffes blotties dans la distance.

Déjeuner : 方便面 (nouilles rapides) à Wangmusi. Une Chinoise comme on en fait peu : nez droit, front bombé au quart de tour – bien sûr l’œil pratique.

Beaucoup de chiens, qui protègent des intrus. Pays sur la défensive. Petit temple (d’où : 王母寺) : taoïste ? confucianiste ? Une villageoise d'une grande obligeance nous y accompagne car nous ne pouvons le trouver.

En revenant, une jeune fille nous invite à prendre le thé. Elle retient ses molosses pour nous laisser entrer. Jolie, vivante, visage à la fois tout en courbes et aux traits volontaires, souriante, arrivée ici l’an passé. Née à Nanning, dix années de jeunesse à Canton. Que viens-tu faire ici ?

On visite quelques maisons millénaires, juste comme ça. Beaux frontons. Dans l’une d’entre elles, une stèle datant des Ming, stèle bouddhiste, gardée par un couple de vieillards fiers. Six enfants. Lui soldat au Tibet en 1956. On dit bravo. Elle nous montre des chaussures de poupée : celles de sa grand-mère.

Rentrés : noix du jardin (un arbre : 15 jours de travail pour 1000-3000 kuai), dîner végétarien et tai-chi sur la terrasse. Le gouvernement donne aux villageois une subvention de 260 kuai par mu contre l’engagement de ne pas cultiver de maïs. Cela ne vaut pas pour les collines alentour, qui font du maïs sous la dépendance exclusive de la pluviométrie.

Le car est le cheval d’aujourd’hui : il travaille, je fatigue.
Trajet pénible vers Jianchuan. A la pause, excellentes galettes aux herbes ou à la confiture ( !), dans l’esprit des nan indiens. Panne de moteur et longue attente. Huit heures de route cahoteuse au lieu de cinq-six prévues.
 
A Jianchuan, aimable parc public avec pins, temple et pagodes. Dehors, une allée de pisé serpente parmi les maisons Ming et Qing. Pas grande finesse dans les sculptures, pas grande variété dans les motifs, mais une unique belle forme d’ensemble.

Deux pékins au Yunnan (3/4): le paradis retrouvé

Lundi 5 avril
Yunnan capitale des papilles ! Petit-déjeuner de 包子 (Baozi, petits pains fourrés), puis 4 heures de car pour Yunlong. Paysages de montagnes, de rizières comme dans le Guizhou, mais sur une terre rouge. Au fond, une rivière boueuse : le Mékong ? Nouveau déjeuner délicieux (brocolis et haricots frits, bœuf coupiché). Le car malmène mon estomac.

Minibus aux prix irrationnels. Quelle rationalité quand l’étranger déverse ses pépettes ? Equivalent d’un loto permanent, ou en creux d’une rafale de crises financières.

Vue de Taijitu : la rivière dessine en deux méandres un yin et un yang. Au milieu : collines, village, rizières. C’est troublant.

Nous montons alors à Nuodeng, vieux village de l’ethnie Bai. L’atmosphère paisible, l’air calme et chaud, le son des clarines et le chant des oiseaux, la sienne de la terre et la pierre des bâtisses, l’escarpement des lieux, la paix des toits courbes, les tortueux escaliers de pierre, une vieille maison à cour tournée en chambres d’hôtes, les cris d’une école primaire, le sourire des enfants, le regard des vieillards et le soir qui descend nous convainquent d’y rester quelque temps.

En haut de la colline, non restauré, un temple de Confucius, au calme souverain.
Première leçon de Tai Chi Chuan : un tiers de la première partie. Tel un pantin, accroché aux « fils du Ciel »…
Il n’y a pas de temple plus beau en Chine, seulement des temples plus restaurés.
« Le Bouddhisme est l’Un [l’introspection], le Christianisme est le Deux [la relation à l’Autre]». Et le Taoïsme, le Zéro ?

Poules de basse-cour, poules de haute cour, caquètent.
Après nous être restaurés (辣猪et wosuan du village), lecture tranquille. Tee-shirt blanc séchant accroché flottant au fil à linge qui longe le premier étage d’un côté de cour.
La télé : seul objet dans le village dont le soir ne gêne pas l’utilisation. Le petit est devant la télé.
La poubelle du repas : la chienne de la maison, 13 ans, petite et tachetée. Son fils : un grand gros chien de 5 mois.
Les lanternes flottent dans le vent, au centre une bougie électrique.

Mardi 6 avril
Addition du dîner de la veille : 50 kuai. Le jardin donne des œufs d’or.

Balade dans les collines en face. Muletiers. Terre rouge sous le vert franc des pins, mise au jour dans les champs : sur les collines cultivées, de grandes plaques de terre ocre sont cernées de vert. C’est si beau qu’on se croirait dans le Sud de la France (dit-il l'air sérieux).

Les alentours aux jumelles : dans le rond de l’objectif, une forêt parfaite – pins réguliers sans trop l’être, d’un beau vert franc, aqueux, aux petites touffes blotties dans la distance.

Déjeuner : 方便面 (nouilles rapides) à Wangmusi. Une Chinoise comme on en fait peu : nez droit, front bombé au quart de tour – bien sûr l’œil pratique.

Beaucoup de chiens, qui protègent des intrus. Pays sur la défensive. Petit temple (d’où : 王母寺) : taoïste ? confucianiste ? Une villageoise d'une grande obligeance nous y accompagne car nous ne pouvons le trouver.

En revenant, une jeune fille nous invite à prendre le thé. Elle retient ses molosses pour nous laisser entrer. Jolie, vivante, visage à la fois tout en courbes et aux traits volontaires, souriante, arrivée ici l’an passé. Née à Nanning, dix années de jeunesse à Canton. Que viens-tu faire ici ?

On visite quelques maisons millénaires, juste comme ça. Beaux frontons. Dans l’une d’entre elles, une stèle datant des Ming, stèle bouddhiste, gardée par un couple de vieillards fiers. Six enfants. Lui soldat au Tibet en 1956. On dit bravo. Elle nous montre des chaussures de poupée : celles de sa grand-mère.

Rentrés : noix du jardin (un arbre : 15 jours de travail pour 1000-3000 kuai), dîner végétarien et tai-chi sur la terrasse. Le gouvernement donne aux villageois une subvention de 260 kuai par mu contre l’engagement de ne pas cultiver de maïs. Cela ne vaut pas pour les collines alentour, qui font du maïs sous la dépendance exclusive de la pluviométrie.

Le car est le cheval d’aujourd’hui : il travaille, je fatigue.
Trajet pénible vers Jianchuan. A la pause, excellentes galettes aux herbes ou à la confiture ( !), dans l’esprit des nan indiens. Panne de moteur et longue attente. Huit heures de route cahoteuse au lieu de cinq-six prévues.
 
A Jianchuan, aimable parc public avec pins, temple et pagodes. Dehors, une allée de pisé serpente parmi les maisons Ming et Qing. Pas grande finesse dans les sculptures, pas grande variété dans les motifs, mais une unique belle forme d’ensemble.

mercredi 14 avril 2010

Deux pékins dans le Yunnan (2/4): les Birmans, c'est charmant

Jeudi 1er avril
Vol sans histoire pour Kunming. Les aventuriers sont fatigués.

Vendredi 2 avril: I'm flying in the rain
Début des ennuis : pluies diluviennes sur la région de Dehong, à la frontière birmane. Vol retardé de deux heures, on nous débarque, on nous rembarque, on décolle, presque arrivés on fait demi-tour, atterrissage à Kunming de nouveau, puis on redécolle pour Dehong où on atterrit avec cinq heures de retard.

30 kuai de taxi pour le centre-ville (10 minutes), puis 25 kuai de car pour Ruili (2 heures). Proportions?

Conversation avec une jeune Chinoise, qui a laissé sa place à une vieille dame dans le car. Du coup je dois me lever. Elle veut s’occuper de petits gamins (小玩玩儿), comme tout le monde elle fait des études d’Anglais. Yeux en noisettes jolies, tâches de rousseur. Politesse de convenance, j’espère avec un twist.

Ruili : ancien nœud du trafic de drogue; à présent ville très chinoise pour touristes chinois.

Samedi 3 avril: vélo et drogue (mais pas de dopage)
Propres d’une bonne douche et d’un somme de dix heures, nous partons à vélo. Bananiers, champs de théiers. Dépassés continuellement par voitures, camions, motocyclettes et ces étranges véhicules composés d’un moteur de tracteur, monté sur deux roues et dirigé par un guidon de Harley, et d’un caisson pour chargement.

Surplombant la route, un temple doré sous de vieux arbres. A droite, une maison de bois sur pilotis, ouverte sur l’air chaud. Maison idéale pour ce temps: fraîche, ventilée. Plus tard, un détour nous mène vers un village que nul ne peut situer sur une carte.
Après un délicieux déjeuner d’un bol de riz couvert de mets en buffet, dans une gargote achalandée extrêmement, nous partons pour Tengchong, six heures de car.

La route est belle. A la frontière d’un comté, des douaniers nous arrêtent et montent dans le car. Ils demandent à voir les hukou des Chinois et nos passeports, puis nous font descendre. Trois Chinois sont pris pour être interrogés. Pendant ce temps, le car est fouillé minutieusement.
Près d’arriver, deux des Chinois interrogés, un couple, nous aident pour l’hôtel. On leur échange 5 euros contre 50 kuai. Lui grand et large, montre en or et chevalière, pantalon Adidas, les traits droits et forts, elle régulière, femme chinoise la tête sur les épaules, belle qui le sait, frêle mais la voix de commandement. Nous partageons un taxi et descendons au même hôtel. Fondue chinoise au dîner.

Dimanche 4 avril: l'ascension et le Marais
Après des coups de téléphone sans nombre, j’apprends enfin que les liaisons pour la vallée de la Nujiang sont coupées. Nous nous attardons une demi-journée pour visiter la montagne sacrée (taoïste) de Yunfengshan. Paysage d’Auvergne. La montagne est plus abrupte au sommet, avec trois pics en couronne. Trinité ; un temple sur le plus haut des trois.
Un groupe de Chinois de l’Anhui monte avec nous les marches en nombre. Déjeuner végétarien dans le temple sommital et descente en téléphérique. Belles couleurs de la montagne, au pied la plaine, au loin monts de brume.
Sur la route pour Baoshan, nouveau contrôle antidrogue. La vie est dure. Sur le mur est écrit en gros caractères rouges : 拒绝毒品,珍爱生命(« refuser la drogue, chérir la vie » ). Mais la vie n'est-elle pas une drogue???

A Baoshan, on a déplacé la gare routière. Les nouilles de riz sont notre pain quotidien : une minute plongées dans l’eau chaude à la louche, coulées dans un bol, on ajoute du bouillon, des épices, viande et légumes.

Baoshan : la rue des Rosiers. Magasins de fringues, de grolles, de sacs, d’électronique. Avec quand même pas mal de coiffeurs et de boui-bouis. Un seul menu dans la ville : soupe de nouilles. Pourquoi ne font-ils rien d’autre ? Il est vrai que c’est drôlement bon…

Deux pékins dans le Yunnan (2/4): les Birmans, c'est charmant

Jeudi 1er avril
Vol sans histoire pour Kunming. Les aventuriers sont fatigués.

Vendredi 2 avril: I'm flying in the rain
Début des ennuis : pluies diluviennes sur la région de Dehong, à la frontière birmane. Vol retardé de deux heures, on nous débarque, on nous rembarque, on décolle, presque arrivés on fait demi-tour, atterrissage à Kunming de nouveau, puis on redécolle pour Dehong où on atterrit avec cinq heures de retard.

30 kuai de taxi pour le centre-ville (10 minutes), puis 25 kuai de car pour Ruili (2 heures). Proportions?

Conversation avec une jeune Chinoise, qui a laissé sa place à une vieille dame dans le car. Du coup je dois me lever. Elle veut s’occuper de petits gamins (小玩玩儿), comme tout le monde elle fait des études d’Anglais. Yeux en noisettes jolies, tâches de rousseur. Politesse de convenance, j’espère avec un twist.

Ruili : ancien nœud du trafic de drogue; à présent ville très chinoise pour touristes chinois.

Samedi 3 avril: vélo et drogue (mais pas de dopage)
Propres d’une bonne douche et d’un somme de dix heures, nous partons à vélo. Bananiers, champs de théiers. Dépassés continuellement par voitures, camions, motocyclettes et ces étranges véhicules composés d’un moteur de tracteur, monté sur deux roues et dirigé par un guidon de Harley, et d’un caisson pour chargement.

Surplombant la route, un temple doré sous de vieux arbres. A droite, une maison de bois sur pilotis, ouverte sur l’air chaud. Maison idéale pour ce temps: fraîche, ventilée. Plus tard, un détour nous mène vers un village que nul ne peut situer sur une carte.
Après un délicieux déjeuner d’un bol de riz couvert de mets en buffet, dans une gargote achalandée extrêmement, nous partons pour Tengchong, six heures de car.

La route est belle. A la frontière d’un comté, des douaniers nous arrêtent et montent dans le car. Ils demandent à voir les hukou des Chinois et nos passeports, puis nous font descendre. Trois Chinois sont pris pour être interrogés. Pendant ce temps, le car est fouillé minutieusement.
Près d’arriver, deux des Chinois interrogés, un couple, nous aident pour l’hôtel. On leur échange 5 euros contre 50 kuai. Lui grand et large, montre en or et chevalière, pantalon Adidas, les traits droits et forts, elle régulière, femme chinoise la tête sur les épaules, belle qui le sait, frêle mais la voix de commandement. Nous partageons un taxi et descendons au même hôtel. Fondue chinoise au dîner.

Dimanche 4 avril: l'ascension et le Marais
Après des coups de téléphone sans nombre, j’apprends enfin que les liaisons pour la vallée de la Nujiang sont coupées. Nous nous attardons une demi-journée pour visiter la montagne sacrée (taoïste) de Yunfengshan. Paysage d’Auvergne. La montagne est plus abrupte au sommet, avec trois pics en couronne. Trinité ; un temple sur le plus haut des trois.
Un groupe de Chinois de l’Anhui monte avec nous les marches en nombre. Déjeuner végétarien dans le temple sommital et descente en téléphérique. Belles couleurs de la montagne, au pied la plaine, au loin monts de brume.
Sur la route pour Baoshan, nouveau contrôle antidrogue. La vie est dure. Sur le mur est écrit en gros caractères rouges : 拒绝毒品,珍爱生命(« refuser la drogue, chérir la vie » ). Mais la vie n'est-elle pas une drogue???

A Baoshan, on a déplacé la gare routière. Les nouilles de riz sont notre pain quotidien : une minute plongées dans l’eau chaude à la louche, coulées dans un bol, on ajoute du bouillon, des épices, viande et légumes.

Baoshan : la rue des Rosiers. Magasins de fringues, de grolles, de sacs, d’électronique. Avec quand même pas mal de coiffeurs et de boui-bouis. Un seul menu dans la ville : soupe de nouilles. Pourquoi ne font-ils rien d’autre ? Il est vrai que c’est drôlement bon…

mardi 13 avril 2010

Deux pékins dans le Yunnan (1/4)


Ce nouveau récit débute comme une séance de cri primal, dont les adeptes cherchent dans la régression fœtale la résolution de leurs problèmes, ou comme les mots du Daodejing :

« Apprendre, c’est de jour en jour croître,
Suivre la Voie, c’est de jour en jour décroître,
Décroître au-delà du décroître :
Ne rien faire et il n’est rien qui ne se fasse ».

Ou encore, plus prosaïquement, comme nos bas de laine après la crise, comme les tours jumelles après le choc, et comme le génie de Ray Charles après qu’il a laissé tomber la poudre.

Décroissons ! Avec donc (beaucoup) plus de concision qu’au Guizhou, je vous laisse la bobine de mon dernier voyage, à vous de la rembobiner.

Elle commence à Pékin, quand mon père y arrive, et barre ensuite le Yunnan d’une diagonale Sud-Ouest Nord-Est, de la frontière birmane aux contreforts de l’Himalaya.

Deux pékins dans le Yunnan (1/4)


Ce nouveau récit débute comme une séance de cri primal, dont les adeptes cherchent dans la régression fœtale la résolution de leurs problèmes, ou comme les mots du Daodejing :

« Apprendre, c’est de jour en jour croître,
Suivre la Voie, c’est de jour en jour décroître,
Décroître au-delà du décroître :
Ne rien faire et il n’est rien qui ne se fasse ».

Ou encore, plus prosaïquement, comme nos bas de laine après la crise, comme les tours jumelles après le choc, et comme le génie de Ray Charles après qu’il a laissé tomber la poudre.

Décroissons ! Avec donc (beaucoup) plus de concision qu’au Guizhou, je vous laisse la bobine de mon dernier voyage, à vous de la rembobiner.

Elle commence à Pékin, quand mon père y arrive, et barre ensuite le Yunnan d’une diagonale Sud-Ouest Nord-Est, de la frontière birmane aux contreforts de l’Himalaya.